12 Sep
2019
La noblesse, passée et essentielle !

Passionnante étude que voilà, quasi exhaustive, sur la noblesse en France.
Une enquête fouillée, minutieuse à la croisée de l’histoire et de la sociologie, menée de main de maitre par Eric Mensiau-Rigau, historien, professeur à la Sorbonne et écrivain.


         Il connait le sujet. L’a traité maintes fois dans divers ouvrages aussi précis qu’historiques. Celui-ci, à la fois savant, basé sur la Grande Histoire fondant l’origine de la noblesse, s’appuie sur des faits, des exemples, des récits qui l’enrichissent et le rendent très vivant. Avec une dose certaine d’humour qui désennuie, s’il en était besoin, un sujet sérieuxet fondateur !

         L’auteur s’emploie d’abord à préciser ce qu’est la noblesse, son origine au Moyen-Age, sa puissance, son prestige, son autorité morale et très vite, l’idée de transmission et de lignage qui la pérennisent. Vraie noblesse, trompeuse particule, titres d’Empire ou noblesse pontificale… notre ami ne laisse personne sans savoir !

           Il insiste sur ce qui fait la grande gloire de cette population petite en nombre mais grande par son passé, si enviée, si rêvée : la primauté de la famille sur l’individu (bien le contraire des mœurs actuelles ! ), l’héroïsme réelle en temps de guerre (beaucoup d’officiers de famille ancienne donnèrent leur vie lors des grandes guerres), le temps qui n’a pas de prise, la transmission de ce qu’on reçoit : un nom, un château, une histoire…

        Eric Mensiau-Rigau, avec un style choisi, sait parfaitement embrasser le passé valeureux, l’évolution de la noblesse et l’actualité d’aujourd’hui avec son courage, ses failles et aussi ses faiblesses. Ainsi, souligne t’il l’importance des prénoms donnés pour honorer et faire mémoire d’ancêtres héroïques. Aussi, « lorsqu’une grande famille préfère un prénom à la mode, vite promis à l’obsolescence, le signal est inquiétant. » Ainsi de la maison Maillé, l’une des plus anciennes de Touraine, qui renonçant à des prénoms héréditaires comme Jacquelin ou Urbain..nomma par le choix du duc pour son second fils, Kevin,  prénom à connotation populaire comme le souligne l’auteur « cela lui  parut annonciateur de déclassement ». Et de fait, une étude de commissaire priseur dispersa l’année suivante en 2001, toutes les collections familiales (meubles, portraits, argenterie et archives… »

          Etre noble induit des pratiques et des manières : « les pratiques sociales, qui soudent le groupe, manifestent une mentalité, une éducation, une vision du monde où priment les valeurs familiales, l’attachement à la terre, le sens du service et la pratique religieuse » Tout est dit.

       La possession d’un château, d’un hôtel particulier, d’un manoir transmis depuis des générations participe à l’assise de la noblesse, à « sa mémoire matérialisée » comme dit l’auteur. On ne peut que s’émouvoir de voir ces « maisons » vendues lors des successions, les héritiers préférant parfois une maisonnette sur la mer. Certains, cependant, font tout pour les conserver, inventant avec imagination mille manières pour les garder.

         Dans son chapitre consacré « aux pratiques et manières », notre ami relève avec justesse une anecdote tenue de Jean d’Ormesson où l’écrivain raconte qu’un soir qu’il dinait avec Louis Aragon, ce dernier répondit avec froideur à son chauffeur qui lui demandait s’il devait attendre : « Pourquoi croyez-vous qu’on vous paie, mon ami ? ». Jean d’Ormesson commenta : « Jamais dans ma famille, on n’a parlé comme ça à un domestique ». Et, oui, un parvenu aime s’affirmer en parlant avec dédain, d’un ton tranchant à une personne d’une position sociale inférieure. Sans doute, à l’évidence, la noblesse n’est-elle pas seulement d’ancienneté mais aussi de coeur !

    Bref, cette somme est passionnante, teintée d’anecdotes enrichissantes. Comme le dit l’auteur « la noblesse n’a jamais constitué un ordre figé. Elle a toujours été évolutive » Les descendants ont cette capacité à durer, « consacrés par l’épreuve du temps », ils prennent leur place dans une chaine pluri-générationnelle mais attention à ne pas se figer, s’assécher, se replier sur son entre-soi, devenir « le fruit sec d’un conservatisme paresseux qui singe l’amour de la tradition » .
A eux appartient-il de savoir rester soi-même et en même temps de choisir judicieusement une saine modernité. En un mot « revendiquer une sorte d’anormalité sociale, fondée sur le souci de préserver son style de vie, ses idéaux, sa foi » préférer « la durée à l’instant, la gratuité, la charité et l’élégance morale à un système de valeurs fondé sur l’argent et le conformisme ».
A lire sans tarder.

Enquête sur la noblesse, la permanence aristocratique, par Eric Mensiau-Rigau, Perrin, 24 €

2 Sep
2019
Le feu couve sur la scène !

Elle a le feu cette jeune comédienne qui porte seule, dans un décor bien minimaliste, une pièce originale et parfois dérangeante !  A voir vitement.

photo lot

     Seule en scène, elle tient son public. Et pourtant, elle parait un peu fragile, mais faussement fragile, en fait. On comprend assez vite que le sujet est douloureux : Anna essaye de sortir son ami Jordan de sa famille névrosée. Tentative ratée, Anna perd la trace de son ami, du coup elle en parle en inventant, recréant le passé avec pour but l’avenir, un avenir qu’elle voudrait agréable et équilibré. Mais, tout est un peu compliqué.
Quelques trouvailles linguistiques amusantes, beaucoup d’humour décalé, souvent ironique, une gestuelle tout en plénitude à la proue de son navire, les mains sur le gouvernail qui tourne, tourne. En symbiose avec le récit.

Le spectateur entend le thème, le développement des troubles mentaux chez l’enfant issue d’une famille toxique. On suit l’adolescence d’Anna, l’évolution de ses névroses et obsessions jusqu’à la fin tragique.

Outre le texte dit avec recul, emportement, enthousiasme et force, c’est le jeu de la comédienne qui nous captive. Cette ravissante nous ravit, nous subjugue, nous fait rire parfois. .
On est pris et se laisse prendre.

Vraiment, il faut aller aux Mathurins pour le plaisir, tout simplement.

Au Théâtre des Mathurins, Anna attend l’amour, avec Elisa Ollier, écrit par Vincent Fernandel et Elisa Ollier , plus d’infos : www.theatredesmathurins.com