La côte d’Albâtre, un bien joli nom pour une côte crayeuse, vraie dentelle délicate, au bord de la Manche, qui s’étire du Havre au Tréport. Nous l’avons parcouru, éblouie par la beauté de la côte, le charme des villages et la splendeur des châteaux et des églises. Sans oublier l’accueil généreux de Cauchois délicieux !
Monet, Boudin, Pissarro, Sisley, Renoir, Caillebotte, Berthe Morisot..ils sont tous venus sur la Côte d’Albâtre s’inspirant des paysages et de la mer bercée par les galets. Ces artistes auront lancé dans la seconde moitié du XIXe siècle, ce mouvement Impressionniste, né d’un tableau de Monet « Impression soleil levant »peint précisément au Havre. Un mouvement qui rejette les conventions académiques et perçoit les changements d’une société qui se modernise.
Le Havre, grand soleil et petit aperçu sur cette ville reconstruite après guerre par l’architecte Auguste Perret. Nous commençons notre escapade par loger chez un charmant couple, Xavier et Claire, havrais de circonstance, somptueusement reçue avec vue sur la mer. Soirée délicieuse, avant qu’il ne nous dépose en pleine forêt de Montgeon prés de la marque rassurante du GR 21. Le chemin sinue gentiment entre les arbres, promeneurs et coureurs se disputent la place. Tout d’un coup, je perds la marque ! C’est toujours fâcheux car on perd du temps à retourner en arrière où à quémander de l’aide ! Bon, reprise et détente..Le chemin est facile à travers pâturages, bosquets et villages. C’est dimanche sortie de messe, je vais confier ma route au Seigneur et admirer cette petite église du XVIe siècle, ramassée sur elle-même, aux vitraux de toute beauté.
Petite café revigorant, et le chemin me reprend.
Quelques 30 kilomètres plus loin, à proximité d’Etretat, j’appelle mon hôte, Nicolas, qui vient sans tarder et avec grande gentillesse me « pêcher » devant l’église du village. Il m’emmène fort courtoisement faire le tour de cette petite ville charmante d’Etretat, autrefois grand port de pêche mais rongée régulièrement par des tempêtes destructrices. Cet endroit, aux falaises crayeuses régulièrement grignotées, devint dés le XVIIIe siècle, un lieu fort prisé des touristes de l’époque et haut lieu de la conchyliculture royale. Les bourriches d’huîtres étaient acheminées en une nuit jusqu’à Versailles où Marie-Antoinette s’en délectait. Cette station balnéaire avant l’heure attira de plus en plus d’artistes et d’intellectuels. Au XIX e siècle, la vogue des bains de mer s’empara de la haute société parisienne, la côte d’Albâtre plaisait. Aujourd’hui prés de 3000 personnes par jour, l’été, se pressent fascinées par la verticalité des falaises, pour admirer l’aiguille de 51 mètres et la Manneporte, arche naturelle et monumentale.
La maison de Nicolas, dans la blancheur de sa façade XVIIIe, est bien accueillante et nous prenons une tasse de thé avec Madame sa mère, charmante.
Joie le lendemain de prendre la route directement de chez mes hôtes, le chemin passant devant les grilles du château. Enfin, je vais pouvoir admirer la côté, le sentier cheminant à flanc de falaise. Mais bonheur de courte durée, les éboulis et les fragilités de la falaise obligent à retourner dans les terres, vers les prairies en jachère en ce moment. Vattetot sur Mer, Yport, Grainval le Roctel, bourgs ou villages se succèdent avec ici ou la une ravissante chapelle, un château rappelant l’histoire de cette terre. Tout d’un coup hésitation sur le GR, deux marques contradictoires, la quelle choisir ? Un couple de marcheurs, ici à point nommé, pour me désigner la bonne voie, nous cheminons de concert. Ils habitent le Nord et viennent découvrir cette côte…Nous nous quittons bientôt.
Et déjà Fécamp pointe de loin la tour de son abbatiale
On arrive par le haut pour descendre vers le centre de Fécamp, à l’origine village de pêcheurs. Les premiers ducs de Normandie s’y établirent au Xe siècle, faisant de cette cité, l’une des capitales du duché. Face au palais résidentiel, est fondé la puissante abbaye bénédictine de la Sainte-Trinité, lieu de pèlerinage du Précieux-Sang. Le bourg dépassera bientôt l’enceinte pour s’étendre le long des deux grandes routes royales de Dieppe et de Rouen. Au XIX e siècle, la pêche de la morue et du hareng est au centre de la vie Fécampoise, sans oublier le palais Bénédictine et sa célèbre liqueur. Le développement du chemin de fer participe à l’essor de Fécamp comme ville balnéaire à la mode. Aujourd’hui le belvédère du musée des Pêcheries, au coeur du port offre une vue panoramique exceptionnelle sur la ville, les falaises et la mer.
C’est devant la magnifique église de la Trinité, que mon ami Damien vient me chercher. Il m’emmènera fort civilement pour ma grande joie admirer de la chapelle des Marins la magnifique vue, puis les Petites Dalles, les Grandes dalles, et quelques belles maisons disséminées à proximité de la côte. Un régal pour les yeux.
Nous nous retrouvons dans la maison de famille de Damien qui avec sa femme Anne organisent depuis prés de vingt ans, « Séjour d’Albâtre » des possibilités de séjours et locations dans les quelques neuf propriétés dont ils disposent. Manoirs, maisons de caractère, appartements..sont disponible à la location pour des réunions familiales, amicales ou professionnelles. Leur château de Briquedalles, édifié en 1742, situé au coeur du village de Sassetot-le-Mauconduit est à deux kilomètres de la côte, des plages des Petites Dalles et des Grandes Dalles, soit la mer la plus proche de Paris Cette élégante bâtisse à la façade en briques roses et silex taillés est typique du Pays de Caux.
Nous dinons fort joyeusementt avec Madame la mère d’Anne et Diane leur fille.
Après une bonne nuit réparatrice et généreusement lestée de tomates du jardin et de pommes acidulées, je repars sur le chemin, déposée par Anne à proximité du signe blanc et rouge. Aujourd’hui, je doit marcher jusqu’à Ingouville, légèrement dans les terres, à proximité de Saint Valery en Caux. Quelques ruptures de balisage me font tourner en rond, les quelques rares voitures sur ces petites routes s’arrêtent gentiment pour m’indiquer la bonne route. J’arrive enfin chez mon amie Raphaëlle qui ne peut poser une jambe à terre suite à une chute malencontreuse. Une de ses amies est présente qui l’aide du mieux possible. Nous passons une soirée délicieuse à papoter légèrement sur la vie et à échanger sur l’Essentiel.
Le lendemain, elles me déposent à saint Valery en Caux
Non sans m’avoir fait admirer une maison du XVI e siècle, construite en 1540 par un riche armateur valeriquais revenu du Brésil. C’est devenu le musée-maison Henri IV, avec des effigies sculptées dans le bois représentant des scènes évoquant ses voyages comme un homme agenouillé sous le soleil, un bûcheron en train d’abattre un arbre.
Le chemin grimpe raide par la sente des Douaniers, pour surplomber la côte. En passant, j’y admire le monument qui rappelle les combats de juin 1940.

Le GR est plaisant, sans grande fatigue qui me conduit à Veules les Roses. Village classé parmi « les plus beaux villages de France » et c’est bien mérité. Je découvre ces activités prospères qui ont fait vivre la ville et au dela: le lavage de la laine des moutons, les cressonnières, les moulins à blé, le broyage du lin après la révolution industrielle..
Veules-les-Roses est un ravissant village, dont ma nouvelle hôtesse, Chantal, me fait découvrir les coins cachés. Sa maison située à proximité d’un petit ruisseau est charmante avec ses bordures débordantes de fleurs et d’arbustes, son gazon si doux qu’on dirai un tapis vert, sa maison d’hôte qui ne désemplit pas à la belle saison tant il est agréable d’être la ! Chantal aime sa maison, son village et fait tout pour partager son goût en m’instruisant de mille détails historiques, comme cette ancienne culture du lin qui grâce à la qualité de l’eau rivalise, en qualité, avec la production de Chine. J’avais vu dans l’église au dessus de sa maison, des gerbes de lin tout à fait intrigantes car propre à ce pays. Bref, après un diner savoureux, ah ce pâté de sanglier !, et une nuit bienfaisante, Chantal me dépose sur le chemin vers ma dernière étape, Varengeville. Le sentier monte et descend, je croise une église qui parait posée sur la mer, magnifique..L’absence de marque m’oblige à marcher au moins trois kilomètres sur les galets, sous les falaises ce qui est hautement dangereux me dira t’on. Je vais vite car la mer remonte, surtout ne pas rester coincée !
Et je déboule sur la plage, croyant être à Varengeville, pas du tout. Je suis sur la ville d’après. Le patron de l’estaminet où je sirote mon petit noir, quand je lui demande où est la belle église de Varengeville, sourit en me disant, vous y êtes passée, c’est derrière vous, ici c’est Pourville !
Ainsi donc, s’achève ma marche mais non point mon séjour. Isabelle vient me cueillir prés de la plage pour m’emmener en sa belle maison dans les terres.
Grande chambre sur la campagne, Bill son mari d’origine anglaise plein d’humour, un diner délicieux…magie du verbe, discussion et points communs…Le lendemain, Isabelle m’emmène visiter Dieppe où je n’ai jamais mis le pied. De simple port de pêche aux harengs au XI e siècle, cette cité connut un bel essor au XVIe siècle où bientôt la pêche à la coquille Saint-Jacques se développa fortement. D’illustres navigateurs sont partis de Dieppe à la découverte de contrées lointaines d’où ils rapportèrent épices et ivoire. Nous allons visiter l’église saint Jacques de style renaissance avec son grand portail et sa chapelle du Trésor où sont représentées les contrées découvertes par les marins dieppois.
Nous rentrons chez Isabelle qui avec grande gentillesse a concocté un diner fin pour ses amis Lyonnais et aixois. Délices du palais s’accordent avec bonne ambiance et réparties enjouées..tout est bien !
Et bientôt, mes nouveaux amis cauchois reverrais-je à Paris ! Certains ne se connaissent pas, tous ont la passion du jardinage, de la belle fleur et du fruit replet..nul doute qu’ils se fréquenterons désormais au pays. Je n’oublie pas qu’ils m’ouvrirent largement leur maison, bénis soient ils, Alléluia !











