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3 Fév
2020
La mégère adoucie !


photo Marion Duhamel

Elle aboie, vitupère, hurle, menace, roule des yeux méchants..la mégère est indomptable et son père bien désespéré de ne la point marier ! Suspense.

Allez vite au théâtre assister à l’heureuse issue.

Scène dépouillée marquée de quelques bancs, linge blanc qui pend, on s’imagine dehors sans trop savoir. Deux individus discutent à propos de deux sœurs, une charmante Bianca et une furie Catarina…

photo Marion Duhamel

La pièce de William Shakespeare, mise en scène et adaptée par Frédérique Lazarini, nous plonge dans les années cinquante autour d’un cinéma ambulant en Italie.

Et on prend goût à cette alternance de scènes entre les acteurs devant nous et d’intervalles sur la toile, en noir et blanc. Un rythme qui dynamise la pièce, nous tient en haleine.

Le grand dramaturge passionné par l’Italie, vive Roméo et Juliette !, nous dévoile les désirs d’une femme aux aspirations résolument moderne qui entend bien vivre à sa guise, d’une libre parole, sans contrainte ni mari pesant sur le dos.

 

Elle est rattrapée par son époque et quand un galant se présente, le père ne peut qu’accepter avec grande joie, le mariage de sa terrible fille. Issue inespérée !

Et par la fine connaissance psychologique de Shakespeare, la belle héroïne va demander grâce à son mari ! Aux spectateurs de découvrir par quel miracle ?

Quand à la soeur, par un changement d’état, pour finir prévisible, la douce Bianca, elle, se lasse de son calme et gentil époux et devient incertaine et morose.

Ah les mystères du cœur féminin !

Entre cris et rage, baisers torrides et discussions, on se plait à rire et à se laisser distraire par cette comédie originale dans son traitement, mordante, haute en couleurs. Les comédiens, mené par Petruchio alias Cédric Colas et Catarina ou Sarah Biasini sont excellents, servis avec talent par le père, la sœur et les autres comédiens.

Vraiment un bon moment passé grâce à une pièce plaisante dans le fond comme dans la forme !

photo Marion Duhamel

La mégère apprivoisée, de William Shakespeare, Artistic Théâtre, plus d’infos : www.artistictheatre.com

Crédit photos: photo Marion Duhamel

8 Déc
2019
Kean, fête de l’oeil et de l’esprit !

Kean, son grand retour au théâtre après 32 ans d’absence..Un vrai challenge pour Alain Sachs, tant dans la mise en scène que la distribution, sachant que le dernier Kean été interprété par le grand Belmondo !


     Pour la mise en scène, le parti pris est simple et peu risqué. Nous sommes directement plongés dans le Londres du début du 19ème siècle, tant par le décor, la musique et les costumes. Le décor est plutôt minimaliste mais l’essentiel y ait. Le metteur en scène respecte le texte et le contexte de la pièce sans chercher à le moderniser pour faire écho à notre société d’aujourd’hui
Pour le jeu, Kean très justement interprété par Alexis Dusseaux qui est la force de cette pièce. Il joue ce célèbre comédien anglais qui triomphe dans tout Londres en incarnant à la perfection le répertoire de Shakespeare et faisant battre le cœur des femmes. Deux femmes en particulier : la première est la comtesse Eléna, épouse de l’ambassadeur Danois éperdument amoureuse de Kean. La seconde la jeune Anna Damby, héritière bourgeoise qui rêve de devenir comédienne et d’épouser la vedette du moment.

Les personnages de cette pièce ont tous des rôles très caractéristiques, monochromes, joués très premier degré sauf Kean qui nous offre une palette de couleurs surprenantes. Alexis Dusseaux sait nous saisir et nous surprendre en jonglant avec les émotions, toujours d’une justesse folle. Il nous laisse découvrir au fur et à mesure de la pièce le mal-être qui le ronge. Il se perd lui-même entre la réalité et la fiction du jeu. Kean nous livre un vrai mélodrame : celui de sa vie d’acteur, avec ses doutes, ses vides, sa solitude, ses blessures intérieures.

« On est acteur comme on est prince : de naissance »

Laure Jacob

Kean d’Alexandre Dumas, adaptation de Jean-Paul Sartre, mis en scène par Alain Sachs, au théâtre de l’Atelier 1 place Charles Dullin, 75018 Paris jusqu’au dimanche 5 janvier 2020.

4 Déc
2019
Seul en scène, dans le silence sibérien

    La Sibérie, ici, n’a rien de refroidissant, même si le narrateur nous égraine au fil des jours, la température tout de même polaire. Le texte est beau, bien troussé, même si l’idée n’est pas neuve, l’envie de solitude si séduisante  !

L’acteur, William Mesguich, joue, et avec talent, le rôle de l’écrivain-aventurier Sylvain Tesson, qui a fait choix de s’isoler plusieurs mois au milieu des forêts de Sibérie. Entre l’envie d’isolement et le fait, il faut sauter le pas. De l’idée à l’action, vraie ascèse sans superflue !

      Ici, on coupe son bois soi-même, se nourrit de poisson sans oublier quand même, un petit coup de vodka. On apprivoise une mésange, admire de très prés un ours, discute rarement avec un lointain voisin…Terrain propice à la réflexion, la lecture, regard sur le temps qui passe et les paysages enneigés.

     La langue est riche, mêlée de vraies pépites et d’humour, le fond le disputant à la forme poétique, « je ferai scintiller les méandres d’une pensée simple, pleine. Directe. Magnifique » explique William Mesguich, qui réussit bien son affaire !

      Entre sensation, le vent hurlant et cinglant sur sa figure, le goût de la rasade d’alcool, et recul sur sa vie, distanciation où se mêle souvenirs d’avant et impression de maintenant, la perte des repères associée à la prise de risque, favorise cette forme de recul sur soi. C’en est jubilatoire et vraiment on apprécie la musique, mais, mais, il manque un élément.


         En effet, bien dommage que cette soif d’absolu, favorisée par la solitude choisie, la beauté de la nature, la neige et la froidure, ne débouche pas sur la découverte d’une forme de transcendance. Le rejet de la compagnie des autres, de la consommation futile, du vain bavardage aurait tout naturellement pu déboucher sur la rencontre avec le Créateur. La poésie du texte, la beauté du verbe ne servent, pour finir, que le personnage tout plein de lui, ses états d’âme, ses lectures, ses occupations au ralenti. On en vient à penser aux moines du désert, ces ermites partis pour la vie, au IIIe siècle après JC, dans les déserts d’Egypte ou de Syrie tout concentrés, tendus vers le silence habité par Dieu.

    Sylvain Tesson n’a pas exploré ou voulu découvrir cette facette divine en tout homme. On peut le regretter.

   Néanmoins, cette pièce se dévoile avec plaisir et il faut y aller !

Dans les forêts de Sibérie, d’aprés Sylvian Tesson, mise en scène et jeu de William Mesguich, théâtre de la Huchette, 23 rue de la Huchette 75006 Paris