Archives du mot-clé Théâtre Sortie

2 Sep
2019
Le feu couve sur la scène !

Elle a le feu cette jeune comédienne qui porte seule, dans un décor bien minimaliste, une pièce originale et parfois dérangeante !  A voir vitement.

photo lot

     Seule en scène, elle tient son public. Et pourtant, elle parait un peu fragile, mais faussement fragile, en fait. On comprend assez vite que le sujet est douloureux : Anna essaye de sortir son ami Jordan de sa famille névrosée. Tentative ratée, Anna perd la trace de son ami, du coup elle en parle en inventant, recréant le passé avec pour but l’avenir, un avenir qu’elle voudrait agréable et équilibré. Mais, tout est un peu compliqué.
Quelques trouvailles linguistiques amusantes, beaucoup d’humour décalé, souvent ironique, une gestuelle tout en plénitude à la proue de son navire, les mains sur le gouvernail qui tourne, tourne. En symbiose avec le récit.

Le spectateur entend le thème, le développement des troubles mentaux chez l’enfant issue d’une famille toxique. On suit l’adolescence d’Anna, l’évolution de ses névroses et obsessions jusqu’à la fin tragique.

Outre le texte dit avec recul, emportement, enthousiasme et force, c’est le jeu de la comédienne qui nous captive. Cette ravissante nous ravit, nous subjugue, nous fait rire parfois. .
On est pris et se laisse prendre.

Vraiment, il faut aller aux Mathurins pour le plaisir, tout simplement.

Au Théâtre des Mathurins, Anna attend l’amour, avec Elisa Ollier, écrit par Vincent Fernandel et Elisa Ollier , plus d’infos : www.theatredesmathurins.com

21 Mai
2019
Le tableau qui vieillissait à la place du sujet.

On connait le mythe de Faust qui pactise avec le diable, ici l’éternelle jeunesse est tout l’enjeu et le portrait du beau Dorian prend au fil des ans, sa laideur et ses rides « fruits » de son horreur moral. A voir sans tarder.

photo Ben Dumas.

    Il est beau, il est riche, il est charmant, il séduit hommes et femmes. Son portrait, peint par un artiste tombé sous son charme, est magnifique, à l’image du modèle, Dorian Gray. Las, le gentil héros va tomber sous la coupe d’un immoral lord anglais qui le fera mener une vie de débauche et de stupre.
Nous sommes à la fin du XIX e siècle en Angleterre, Oscar Wilde, au faîte de sa gloire, écrit son roman en 1890, quelques temps avant d’être emprisonné pour homosexualité.

Le metteur en scène Thomas le Douarec fait gentiment monter la tension, peu à peu les personnages se révèlent dans leur noirceur ou leur bonté.

photo Ben Dumas.

Le peintre qui pressent la mauvaise influence du lord sur son ami, la jeune fille pure follement amoureuse mais abandonnée qui ne pourra résister à la solution du suicide, la duchesse dépravée qui prendra la balle destinée à Dorian Gray…

Chacun joue admirablement sa partition, dans la sensibilité et l’expression tragique qui doucement avancent. Et le tableau, peu à peu, prend la vilénie du bel homme. Jusqu’au dénouement fatal !

Fascinant, captivant, vénéneux et brillant… décidément le drame ultime va éclater, la morale est sauve !photo Ben Dumas.

 

Www.theatrelabruyere.com

8 Mai
2019
Proust en Clair et tout devient lumineux !

Que ceux qui ont quelque mal à lire les longues périodes de Marcel Proust se précipitent à la Huchette ! Grâce à Jacques Mougenot, Proust leur deviendra limpide et même magnifique ! Il vécut à peine une cinquantaine d’années, dont un certain nombre, la nuit, à hanter les salons du Faubourg Saint Germain et les grands hôtels comme le Ritz. Discret, ultra généreux, charmant et courtois fut-il, l’aristocratie et ses moeurs le fascinaient et lui servirent d’observatoire pour nourrir sa grande épopée, sa fresque inégalée «  A la Recherche du Temps Perdu », à la langue si particulière, à la finesse des portraits psychologiques. Proust, malgré ses problèmes respiratoires, sa santé fragile, réussit le pari de décrire un monde de son temps qui n’est plus aujourd’hui.
Sa mémoire est magnifiquement servie par le comédien Jacques Mougenot qui après une rapide biographie de Proust, nous cite quelques extraits de son oeuvre qu’il met subtilement en scène : « Combray » avec la sensibilité de l’écrivain si intrinsèquement unie à sa mère. Puis « la petite madeleine » , la gorgée de thé absorbée avec quelques miettes d’une madeleine suffit à déclencher une remontée de souvenir incroyable qui sidère l’auteur lui-même. Le comédien en rend presque palpable l’impression vécue par ses intonations et sa fidélité au texte.

Vraiment , le public passe un moment magique et les applaudissements nourris sont bien la preuve de sa jubilation !

Allez-y en confiance, Marcel Proust vous apparaitra lumineux selon la promesse du titre « Proust en Clair »

Théâtre de la Huchette, jusqu’au 25 mai, www.theatre-huchette.com