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25 Nov
2019
Dans les bistrots, l’histoire de France !

C’est une plongée dans le passé à travers la vie dans les bistrots, contée ici par Pierrick Bourgault ! Un livre passionnant depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Un ouvrage qui fleure bon la bière, le café, le rouge de comptoir. Et des nourritures terrestres qui communiquent la chaleur de vivre entre congénères !


     « Vous saisirez l’histoire intime des peuples à travers les secrets des tavernes, estaminets et bistrots »  explique joliment l’auteur Pierrick Bourgault qui nous emmène en promenade à travers les siècles. Et l’on commence aux cavernes pour aller vers les tavernes ! Et l’on apprend qu’en Orient, les caravanes s’arrêtaient au caravansérail, lieu fortifié, où les voyageurs pouvaient se reposer, dormir, boire et manger tout en échangeant des marchandises dans la promiscuité des bêtes et des gens, dans l’odeur d’étable, feu de bois et cuisine… L’auteur, explorant toutes les civilisations, nous raconte que les Grecs anciens préconisaient l’accueil gratuit de l’étranger plutôt que l’hôtellerie payante. Les Romains aussi ouvraient généreusement leur maison : « et si un dieu se cachait derrière un étranger !? » Si ces mouvements avaient continué, peut-être n’y aurait-il jamais eu de bistrots ? S’interroge l’auteur !
Le plus ancien breuvage connu

    Date de -7000 avant notre ère, identifié en Chine, un mélange d’hydromel, de bière de riz et vin de fruits, dont du raisin. Car « tout liquide sucré laissé à l’air libre fermente et donne une boisson alcoolisée » nous explique Pierrick. Dans son passionnant récit, il nous apprend ainsi que les boissons fermentées sont psychotropes : elles modifient le comportement humain pour le meilleur et pour le pire!Il faut imaginer la perplexité des philosophes de l’Antiquité qui voient leurs proches devenir plus loquace, désinhibé, voire asocial, tomber dans le coma, et parfois, tragiquement s’endormir dans la mort…


Nous voyageons du Moyen Age mystique et voluptueux à la révolution des boissons, avec un tour par le café Procope, le plus ancien de Paris et du monde. Son astucieux propriétaire, sieur Francesco Procopio dei Coltelli, sicilien bon teint, a l’idée de proposer, outre l’âcre jus noir, le café, des vins capiteux, eaux-de-vie anisées, glaces aux fruits et aux fleurs, le tout servis dans des salons raffinés aux lustres de cristal, aux murs ornés de tapisseries..

    Bref, ce livre bourré d’anecdotes et d’histoires est d’une grande richesse. Fort bien écrit, le style le dispute au fond ! Il faut s’y plonger sans tarder pour s’amuser, se cultiver et briller en ville ou …au café ! Olé.

Bistroscope, l’histoire de France racontée de cafés en bistrots, Chronique Editions, 29 €, par Pierrick Bourgault

12 Sep
2019
La noblesse, passée et essentielle !

Passionnante étude que voilà, quasi exhaustive, sur la noblesse en France.
Une enquête fouillée, minutieuse à la croisée de l’histoire et de la sociologie, menée de main de maitre par Eric Mensiau-Rigau, historien, professeur à la Sorbonne et écrivain.


         Il connait le sujet. L’a traité maintes fois dans divers ouvrages aussi précis qu’historiques. Celui-ci, à la fois savant, basé sur la Grande Histoire fondant l’origine de la noblesse, s’appuie sur des faits, des exemples, des récits qui l’enrichissent et le rendent très vivant. Avec une dose certaine d’humour qui désennuie, s’il en était besoin, un sujet sérieuxet fondateur !

         L’auteur s’emploie d’abord à préciser ce qu’est la noblesse, son origine au Moyen-Age, sa puissance, son prestige, son autorité morale et très vite, l’idée de transmission et de lignage qui la pérennisent. Vraie noblesse, trompeuse particule, titres d’Empire ou noblesse pontificale… notre ami ne laisse personne sans savoir !

           Il insiste sur ce qui fait la grande gloire de cette population petite en nombre mais grande par son passé, si enviée, si rêvée : la primauté de la famille sur l’individu (bien le contraire des mœurs actuelles ! ), l’héroïsme réelle en temps de guerre (beaucoup d’officiers de famille ancienne donnèrent leur vie lors des grandes guerres), le temps qui n’a pas de prise, la transmission de ce qu’on reçoit : un nom, un château, une histoire…

        Eric Mensiau-Rigau, avec un style choisi, sait parfaitement embrasser le passé valeureux, l’évolution de la noblesse et l’actualité d’aujourd’hui avec son courage, ses failles et aussi ses faiblesses. Ainsi, souligne t’il l’importance des prénoms donnés pour honorer et faire mémoire d’ancêtres héroïques. Aussi, « lorsqu’une grande famille préfère un prénom à la mode, vite promis à l’obsolescence, le signal est inquiétant. » Ainsi de la maison Maillé, l’une des plus anciennes de Touraine, qui renonçant à des prénoms héréditaires comme Jacquelin ou Urbain..nomma par le choix du duc pour son second fils, Kevin,  prénom à connotation populaire comme le souligne l’auteur « cela lui  parut annonciateur de déclassement ». Et de fait, une étude de commissaire priseur dispersa l’année suivante en 2001, toutes les collections familiales (meubles, portraits, argenterie et archives… »

          Etre noble induit des pratiques et des manières : « les pratiques sociales, qui soudent le groupe, manifestent une mentalité, une éducation, une vision du monde où priment les valeurs familiales, l’attachement à la terre, le sens du service et la pratique religieuse » Tout est dit.

       La possession d’un château, d’un hôtel particulier, d’un manoir transmis depuis des générations participe à l’assise de la noblesse, à « sa mémoire matérialisée » comme dit l’auteur. On ne peut que s’émouvoir de voir ces « maisons » vendues lors des successions, les héritiers préférant parfois une maisonnette sur la mer. Certains, cependant, font tout pour les conserver, inventant avec imagination mille manières pour les garder.

         Dans son chapitre consacré « aux pratiques et manières », notre ami relève avec justesse une anecdote tenue de Jean d’Ormesson où l’écrivain raconte qu’un soir qu’il dinait avec Louis Aragon, ce dernier répondit avec froideur à son chauffeur qui lui demandait s’il devait attendre : « Pourquoi croyez-vous qu’on vous paie, mon ami ? ». Jean d’Ormesson commenta : « Jamais dans ma famille, on n’a parlé comme ça à un domestique ». Et, oui, un parvenu aime s’affirmer en parlant avec dédain, d’un ton tranchant à une personne d’une position sociale inférieure. Sans doute, à l’évidence, la noblesse n’est-elle pas seulement d’ancienneté mais aussi de coeur !

    Bref, cette somme est passionnante, teintée d’anecdotes enrichissantes. Comme le dit l’auteur « la noblesse n’a jamais constitué un ordre figé. Elle a toujours été évolutive » Les descendants ont cette capacité à durer, « consacrés par l’épreuve du temps », ils prennent leur place dans une chaine pluri-générationnelle mais attention à ne pas se figer, s’assécher, se replier sur son entre-soi, devenir « le fruit sec d’un conservatisme paresseux qui singe l’amour de la tradition » .
A eux appartient-il de savoir rester soi-même et en même temps de choisir judicieusement une saine modernité. En un mot « revendiquer une sorte d’anormalité sociale, fondée sur le souci de préserver son style de vie, ses idéaux, sa foi » préférer « la durée à l’instant, la gratuité, la charité et l’élégance morale à un système de valeurs fondé sur l’argent et le conformisme ».
A lire sans tarder.

Enquête sur la noblesse, la permanence aristocratique, par Eric Mensiau-Rigau, Perrin, 24 €